Livret pédagogique

LIVRET PÉDAGOGiQUE

 

 

                

Genèse d'une trilogie :

 

Nous sommes en 2009. Après 9 mois d'enregistrement et 3 mois de montage. Le documentaire sur l'école Pédagogie Nomade est enfin terminé.

La fondation Roi Baudouin, qui a entendu le résultat, nous propose de donner une suite à ce travail. Réaliser deux autres documentaires sonores autour du décrochage scolaire : le premier dans un Service d'Accrochage Scolaire à Bruxelles (Le Seuil) et l'autre, dans une Aide en Milieu Ouvert à Visé (L'AMO Reliance). Nous avons accepté.

Deux ans plus tard les documentaires sont terminés. Nous avons pris le temps. Le temps nécessaire pour rencontrer les jeunes, recueillir et monter leurs paroles.

L'apprentissage, le rapport au savoir, la confiance, les désirs, la place de l'école sont quelques thèmes qui traversent et rassemblent les trois documentaires.

Ce coffret est un état des lieux partiel des propositions que la Communauté française de Belgique met en place pour ses jeunes.

Le but n'est pas la comparaison mais l'écoute d'une jeunesse en froid ou à l'écart du système scolaire.

                 

 

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Aide à l’écoute #1
Paroles et Aphorismes

 

Un aphorisme réussit l’exploit de condenser, en peu de mots, l’essentiel d’une
idée, d’une problématique, d’un étonnement. L’aphorisme est à la philosophie ce
que l’anecdote est au récit: un concentré et un début à la fois.
Les interlocuteurs des trois documentaires s’expriment sur ce qui a du sens à leurs
yeux, ou devrait en avoir. Certains de leurs propos raisonnent longuement.


− Écouter deux fois de suite une séquence. Prévoir un carnet et un crayon, et
noter les quelques petites phrases qui font sens. Sorties de leur contexte, elles
deviennent aphorismes.
− Écrire, en une dizaine de lignes, les raisons de ces choix ou écrire une histoire qui
prend comme titre /début / fin une de ces phrases récoltées.
− Il conviendra d’égarer le carnet, puis de le retrouver longtemps après : il aura la
force et l’efficacité d’un album photos qu’on feuillette après un long oubli.


Les abeilles pilotent deçà delà les fleurs, mais elles en font après le miel, qui tout leur ; ce
n’est plus ni thym ni marjolaine : ainsi les pièces empruntées d’autrui, il les transformera et
confondra pour en faire un ouvrage tout sien, à savoir son jugement.
Montaigne, Essais, de l’Institution des Enfants

 

 

 

                      
 

Aide à l’écoute #2
Poésie minimale

 

« Il suffit de peu de chose pour faire un poème » (Queneau). Quelques mots, un
rythme, des sons disposés avec art ou en désordre, artistique lui aussi.


Pour un art poétique
Prenez un mot prenez-en deux
Faites-les cuire comme des œufs
Prenez un petit bout de sens
Puis un grand morceau d’innocence
Faites chauffer à petit feu
Au petit feu de la technique
Versez la sauce énigmatique
Saupoudrez de quelques étoiles
Poivrez et puis mettez les voiles
Où voulez-vous en venir ?
À écrire
Vraiment ? à écrire ?
(Raymond Queneau)


Pendant l’écoute d’une ou de plusieurs séquences, noter des bribes de mots, des
phrases, les sons entendus, les ambiances sonores.
à partir de ceux-ci, réaliser une petite poésie. Absurde, surréaliste, minimaliste,
tout est possible du moment qu’il y ait de la poésie.

 

 

 

 
 

Aide à l’écoute #3
Les mots

 

Rien à faire : la pensée s’affine si le vocabulaire s’étend, tout au moins dans son
expression.
   – Tu as aimé ?
   – Ah oui, ça flashe !
   – Mais encore ?
   – C’est cool…
Mouais. On aurait pu aller plus loin.


On s’amusera utilement à varier les mots pour dire la parole, dans n’importe
quelle situation, n’importe quel contexte.
Plus la liste s’étoffera plus le plaisir de dire et d’exprimer sa pensée sera grand.

 

 

 

 
 

Aide à l’écoute #4

Silence

 

Le silence, si on s’y intéresse, révèle sa profondeur, son épaisseur, sa tessiture,
sa couleur. C’est dire qu’il joue un rôle. Chambre d’écho, point d’interrogation,
surlignage du doute, de la colère, de la joie, de n’importe quel sentiment. S’il n’est
pas dosé, il est une sorte de vide, d’absence. Minutieusement pesé, il multiplie,
invite, inverse, colore, nuance…


Le vide de parole apparaîtra aussi comme toute autre chose : l’effacement
d’un acteur laissant advenir ce qui n’est pas lui, un chant d’oiseau, un soupir, le
claquement des talons, le frottement de la main sur la manche, le bruit de la craie
sur le tableau, les échos d’un travail indifférent à la scène, mais assez proche pour
en faire partie… Mais ça, ce n’est pas le silence.


Et c’est là que ça devient prodigieusement intéressant. Que disent du monde ces
sons incongrus ? Que dit la voix quand elle se tait ?

 

 

 

 
 

Aide à l’écoute #5
La parole

 

A bien y réfléchir, il y a dans la parole elle-même des espèces de silences, à sonder
eux aussi. La répétition, poussée syllabiquement jusqu’au bégayement, est un
langage, sans l’être vraiment. Les hésitations, les « heu » sous toutes leurs formes
et leurs couleurs. Est-ce du langage ?
Probablement, et c’est un langage qui obéit lui aussi à des règles. Tenter de les
identifier pourrait devenir une discipline à part entière, une linguistique des
profondeurs.


Et l’accent, tiens, qu’est-ce qu’il dit, celui-là ? Une voix manifestement urbaine
à la campagne, l’origine étrangère qui perce plus ou moins nettement (quelle
langue ? quel pays ?) racontent eux aussi des histoires, qui restent à écrire.

 

 

 

 
 

Aide à l’écoute #6
Si la sauce sonore a pris…

 

Si la sauce a pris, l’aboutissement de ces quelques heures d’écoute, prendra
une dimension proprement philosophique. En effet, il y a maintenant matière
à repérer des idées et des figures, ou pour le dire autrement, des concepts et
des personnages conceptuels. Ces deux outils de la pensée sont des instruments
privilégiés de la connaissance.


Un concept est une représentation générale et abstraite. Par exemple, le concept
de nomadisme désigne les peuplades du désert, les gens du voyage, les élèves
qui glissent d’une école à l’autre, la pensée en mouvement, e tutti quanti, et
se caractérise par la mobilité, l’autonomie, la fierté, la défiance des sédentaires,
etc…


Un personnage conceptuel, quant à lui, incarne, c’est-à-dire donne chair à un
concept. Peu importe, par ailleurs, que ce personnage soit réel ou imaginaire,
historiques ou fictifs. Par exemple, le maître ignorant incarne la possibilité
d’apprendre, quand on le décide, et l’égalité des intelligences. Autre exemple,
Don Quichotte réunit dans sa triste figure nomadisme, nostalgie des temps
héroïques, inadéquation au monde…


Cette dernière proposition suggère de rassembler, pour donner à comprendre,
les traits qui dessinent le concept (errance, savoir, liberté, égalité, différend, tort,
etc…) ou le personnage conceptuel (le bourgeois, le fonctionnaire, l’émancipateur,
le cancre, le poète… C’est un gros travail. Gilles Deleuze affirme que « faire de la
philosophie, c’est créer des concepts ».

 

 

 

 
     
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